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Culture artistique – 3ème : Grammaire de la composition pour une image à deux dimensions

Lorsque nous regardons une image, l’œil balaie sa surface afin d’en voir la totalité. Aussi une image expressive est une image qui, par sa composition, impose un mouvement aux yeux du spectateur.
Composer c’est donc organiser des formes dans un espace limité (la feuille de dessin, la toile, le mur etc.). L’objectif de la composition est de rendre l’expression recherchée intelligible et forte. Pour parvenir à cet objectif, les moyens peuvent êtres très variés, mais s’appuient toujours sur quelques principes de base.
Parmi ceux-ci nous pouvons noter :

Le choix du format

Les limites du support de l’image sont la plupart du temps géométriques. Le format détermine le rapport entre la hauteur et la largeur s’il s’agit d’une surface rectangulaire ou le diamètre s’il s’agit d’une surface circulaire. Toutes les lignes et les formes qui vont composer la future image vont s’appuyer sur ses bords. C’est pourquoi le choix judicieux du format est le premier acte plastique.

 

Charles Lebrun, Le chancelier Séguier, 1660

 

Le peintre a divisé le tableau en quatre colonnes. Sur l’axe central vertical s’inscrit le Chancelier Séguier, au milieu de chacune des colonnes prend place un personnage secondaire. Les têtes des six personnages sont placées légèrement au dessus de l’axe horizontal. Une géométrie symétrique construit l’image pour mettre en valeur le personnage principal.

 

Philippe de Champaigne, Le mariage de la Vierge, 1626

 

Nous devinons ici, sans problème, la symétrie de l’image qui place la Vierge et Joseph de par et d’autre de l’axe de symétrie que représente le prêtre. Le rectangle noir de la porte ainsi que les deux colonnes sont là pour renforcer la géométrie et l’équilibre du tableau qui symbolise visuellement la stabilité de la famille chrétienne, l’ordre divin.

 

Martiros Sarian, Aragats en été, 1922

 

Le format carré évoque la force, le calme et la stabilité. Dans cette peinture, l’artiste a découpé en trois colonnes et trois bandes et donc divisé le carré du tableau en neuf carrés plus petits. Les deux pointes des sommets et la bande centrale de la plaine guident notre regard et suggèrent une géométrie discrète. Le carré central résume l’image à lui tout seul : il n’y a presque rien, c’est le calme absolu, le soleil estival de la mi-journée écrase le paysage.

 

Fra Angelico, L’Adoration des Mages, 1445

 

Le format arrondi est appelé Tondo, nom italien qui signifie rond. Ce format est régi par les mêmes axes de symétrie que le carré. L’Enfant Jésus s’inscrit sur la diagonale. Le mouvement de la foule venue adorer Jésus se développe selon deux grandes courbes de par et d’autre de cette même diagonale.

 

Xia Gui, Vue claire de rivière et de montagne, vers 1180-1230

 

Le format horizontal très allongé n’existe pratiquement pas en occident. En revanche il est très prisé en Chine pour évoquer les paysages immenses se déployant sur tout l’horizon. Il suggère la distance, l’écoulement du temps, le voyage.

 

Shitao, rivière et montagne, XVIIème siècle

 

De la même manière, L’Occident n’a pas privilégié le format vertical allongé. En Chine cependant, il est choisi pour évoquer la hauteur des montagnes et la distance. Dans cette peinture à l’encre, Shitao a placé la maison en hauteur sur l’axe vertical, elle est isolée de la scène qui se déroule en contrebas sur le fleuve. Le groupe des haleurs est placé sur une ligne horizontale tout en bas de l’image. L’insignifiance des actions humaines est ainsi soulignée.

 

Les grilles de composition

Une surface rectangulaire peut être découpée pas des lignes qui vont la diviser géométriquement comme, par exemple, les diagonales ou les axes de symétrie. Ces lignes vont créer d’autres surfaces plus petites. Les éléments placés dans ces surfaces ou sur ces lignes auront une importance variable pour la signification de l’œuvre en fonction de leur éloignement du centre et de leur position sue les axes de construction.

Paul Cézanne, Les grandes baigneuses, 1905

 

Sans que les formes représentées ne suivent exactement la géométrie contenue dans le format, il est néanmoins facile d’observer que la pente des arbres suit le triangle central, que le corps de la baigneuse de droite suit parfaitement la diagonale du rectangle et que les têtes des baigneuses debout se trouvent sur l’axe horizontal médian du tableau. Cézanne était un grand admirateur des peintres français du XVIIème siècles qui construisaient leurs images selon des grilles géométriques très précises comme on peut l’observer sur les dessin ci-dessous.

 

Claude Gellé dit Le Lorrain, dessin préparatoire à l’encre, XVIIème siècle

 

L’artiste a laissé bien visibles les traits qui lui ont servi pour construire son image. Ces lignes composent un quadrillage sur lequel s’appuient les formes essentielles du dessin : la tour placée au centre, le personnage de dos, debout sur le quai, les lignes de fuite des bâtiments en haut à gauche du dessin.

 

Jacques Louis David, Le serment des Horaces, 1784

 

David a découpé son tableau de façon très classique en trois colonnes et trois bandes. Les colonnes toscanes de l’arrière-plan sont placées sur les axes verticaux. Le rectangle central contient l’essentiel de la scène : le serment des Horaces avec les mains tendues des fils et le torse du père invoquant la Vertu et donnant les épées.

 

Raphaël, Saint George terrassant le dragon, 1503-1505

 

La grille de composition est très simple. Sur l’axe vertical au centre, Raphaël a placé le chevalier Saint George, le cheval se cabre sur la diagonale du tableau et sépare le négatif du positif. À gauche de la diagonale, dans le rectangle inférieur gauche se trouve le dragon, à droite de la diagonale et dans le rectangle supérieur droit se trouve la princesse enfin délivrée. Cette diagonale dynamique sépare le Mal, à gauche, du Bien, à droite. Dans la moitié supérieure du tableau, le Bien, dans la moitié inférieure, le Mal.

 

Pierre Paul Rubens, L’enlèvement des filles de Leucippe, 1618

 

La grille de composition est plus complexe dans ce tableau. Le peintre baroque a privilégié les lignes obliques car ces lignes suggèrent le dynamisme de la composition. L’essentiel de la scène est placé dans un losange vertical. Les membres tordus des corps suivent les quatre directions diagonales du tableau. Tout cela évoque la grande violence du combat.

 

Edgar Degas, Danseuses montant les marches, 1886-90

 

Edgar Degas est un peintre moderne. Sa réflexion plastique est influencée par l’invention de la photographie, une cinquantaine d’années plus tôt. La photographie a suggéré aux peintres des points de vue impensables auparavant et une perception instantanée des choses. Le mode de vision est totalement transformé. Malgré tout, il reste dans cette image une géométrie sous-jacente très simple et très claire : deux axes, trois diagonales. L’essentiel pour obtenir une composition très dynamique.

 

La position des formes dans l’espace du cadre

Une forme placée au centre de la composition apparaît comme plus importante que les autres et donne une impression de stabilité.

Cette forme, placée dans la partie supérieure donne une impression de légèreté et d’envol.

Lorsque la forme est coincée dans un des angles en bas du cadre, sa position suggère un sentiment de solitude, de timidité et d’isolement voire d’écrasement.

Les formes placées très près des bords droit ou gauche de l’image donnent l’idée d’une entrée ou d’une sortie possible, elles suggèrent le hors champ.

Pierre Bonnard, Fenêtre ouverte, 1921

 

« La fenêtre ouverte », c’est le titre du tableau, c’est ce qu’on voit immédiatement en regardant la toile de Bonnard. La lumière intense éclaire vivement la végétation et se reflète sur le battant et le rideau de la fenêtre. Tout cela est bien mis en évidence au centre de l’image. Cependant, littéralement coincée en bas à droite du tableau nous devinons la tête d’une personne qui fait la sieste. Le sommeil gomme sa présence.

 

Caspar David Friedrich, Les falaises de Rügen, 1818

 

L’île de Rügen est située en Allemagne près de Rostock. Elle présente de très belles falaises de craie blanche, à pic sur la mer. Ce paysage a inspiré le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich qui a cherché à faire ressortir la petitesse et la fragilité de l’homme dans la nature. Ici, des personnages minuscules gravitent autour du vide vertigineux des falaises et de l’horizon maritime placés au centre de la composition. Le sentiment de solitude et d’écrasement est à son comble.

 

Edgar Degas, Lola au cirque Fernando, 1879

 

Sans la corde blanche qui traverse le tableau en diagonale, nous aurions l’impression de voir voler ce personnage. Degas, influencé par l’image photographique, a choisi une vision en contre-plongée et placé l’artiste de cirque, Lola, en haut du tableau pour suggérer son envol, sa légèreté, la magie du cirque.

 

Alexandre Deïneka, Gardien de but, 1934

 

Le format horizontal très allongé renforce le vol de gardien de but. L’artiste se place très bas, derrière les buts, comme un photographe reporter. Les pieds de l’homme sont encore coupés par le bord de l’image à droite. Il vient de s’élancer pour arrêter la balle qui arrive à l’instant en coupant le bord gauche du tableau. Ici encore, et de façon manifeste, l’influence de la photo sur le cadrage se fait sentir.

 

L’impact visuel et le cheminement de lecture

Certaines couleurs captent fortement le regard en détournant celui-ci du reste de la composition. Ces couleurs ont un impact visuel plus fort que les autres. Il en va de même pour les formes et les lignes bien mises en évidence.
Pour créer un impact visuel plus fort il est possible de :

  • modifier la taille des formes.
  • placer la forme en position dominante dans la surface.
  • augmenter les contrastes de valeurs (opposer le clair au sombre – contraste maximum)
  • utiliser des couleurs vives pour les éléments à mettre en valeur.

Lingyun Qing, La révolution industrielle, Affiche politique chinoise, 1958

 

Il n’est pas nécessaire d’avoir une traduction du texte chinois pour comprendre le sens de cette affiche de propagande. L’ouvrier occupe tout l’espace central de l’image. Sa taille n’est pas proportionnelle aux éléments qui l’entourent. Le petit banquier anglais bedonnant juché sur un bœuf le regarde d’en bas. Il est coincé dans l’angle inférieur de l’affiche et ridiculisé par la taille démesurée du travailleur chinois.

 

François Gérard, L’empereur Napoléon, 1827

 

Comme l’ouvrier chinois, l’empereur Napoléon rempli tout l’espace du tableau. Il est la forme dominante de l’image par sa position centrale, la verticalité des lignes et le puissant contraste qui le détache de l’arrière-plan.

 

Eugène Delacroix, La mort de Sardanapale, 1827

 

Sardanapale, en partie dans l’ombre, contemple d’en haut, l’exécution de ses femmes et ses esclaves. Il mourra en dernier car rien ne doit survivre au roi. Pour mettre en scène cet événement dramatique, Delacroix a choisi d’éclairer fortement les corps féminins et les draperies rouges placés entre deux diagonales ascendantes.

 

Odilon Redon, Tête Orphée, 1903-10

 

La relation forme/signification

La forme de l’oeuvre naît de la manière d’agencer les constituants plastiques qui sont les lignes, les valeurs, les couleurs, les matières. Elle a donc une influence directe sur la signification, c’est-à-dire sur ce que l’artiste veut exprimer.

Signification des lignes :

La ligne droite peut être verticale, horizontale ou oblique.
Lorsqu’elle est verticale, elle suggère la rigueur, l’élévation (le lien entre le Ciel et la Terre), la force, la raideur, l’obstacle.
Lorsqu’elle est horizontale, elle évoque l’horizon même, elle suggère le repos, la stabilité, l’immobilité, le silence, la Mort.
L’assemblage de lignes horizontales et verticales nous suggère la stabilité et la force. L’impression d’équilibre est renforcée par l’angle droit qui évoque la rigueur et la précision.
Lorsqu’elle est oblique, elle suggère le dynamisme et le mouvement.

La ligne courbe

Ce type de lignes suggère la souplesse, la fluidité, le mouvement, la douceur, la féminité.

Les lignes en zigzag ou hachées

Les changements brusques de direction suggèrent l’énergie brute, l’électricité, la vitesse. Les angles vifs quant à eux, suggèrent la violence, la brutalité, le danger.

Gustave Klimt, Forêt de pins, 1901

 

Le peintre autrichien Gustave Klimt fait des choix en rupture totale avec l’art du passé. Tout d’abord, il adopte le format carré qui est très peu utilisé avant la fin du XIXème siècle, ensuite il étend la couleur rouge de l’écorce des arbres sur toute la surface de la toile, enfin il couvre le tableau d’un rideau de lignes dressées. La forêt est verticalité absolue, les troncs très serrés des pins ferment l’horizon. Il n’y a aucun moyen d’échapper à la ligne droite et la seule voie de sortie pour le regard est le hors champ vers le haut du tableau.

 

Pieter Post, Vue sur les champs de blanchissement de Haarlem, 1631

 

La ligne d’horizon coupe le tableau en deux partie inégales. Le ciel lumineux domine. Sur l’herbe verte sont étendus de très longues bandes de tissus qui blanchissent au soleil. Seuls, deux minuscules personnages au premier plan marquent la verticale et le centre du tableau. À droite, quelques arbres s’élancent vers le ciel et suggèrent par leurs courbes la circulation de l’air. Sous nos yeux s’étale un monde calme et lumineux, où règnent le silence et la stabilité. La profondeur du paysage, accentuée par le bleuissement des lointains, renforce l’impression de repos que suggère les lignes horizontales.

 

Johannes Vermeer, La ruelle, 1657

 

L’assemblage de lignes horizontales et verticales nous suggère la stabilité. L’impression d’équilibre est renforcée par l’angle droit qui évoque la rigueur et la précision. Cette œuvre de Vermeer le prouve totalement. Les trois petits personnages sont à peine visibles dans ce réseau très rassurant de lignes orthogonales. Rien ne semble pouvoir les perturber dans leurs activités.

 

Luigi Russolo, La révolte, 1911

 

Après le calme, la révolte ! Il n’y a aucune ligne verticale ni aucune ligne horizontale dans cette œuvre de Russolo. Même les immeubles bleu sombre de la ville s’inclinent de façon oblique et accompagnent le triangle vibrant des révoltés. Renforcées par la couleur rouge, les lignes obliques suggèrent parfaitement le dynamisme et le mouvement de cette révolte.

 

Diego Velasquez, Vénus au miroir, 1651

 

À l’exception du miroir que tient Cupidon, toutes les lignes de ce tableau sont des courbes. Vénus, la déesse de l’amour, de la séduction et de la beauté, est née près de l’île de Cythère, au milieu des flots. Les lignes choisies par le peintre pour la représenter sont donc des courbes plutôt amples qui suggèrent l’ondulation, la fluidité, le mouvement, la douceur, la féminité.

 

Pablo Picasso, Femme qui pleure, 1937

 

À gauche du tableau, quelques grandes lignes ondulantes évoquent les cheveux d’une femme. À l’arrière-plan, une pièce est suggérée par des bandes verticales et horizontales. Mais sur le visage de la femme, contrairement à toute attente, nous ne voyons que des angles vifs, des lignes qui s’entrecoupent, des hachures et des couleurs acides. Les changements brusques de direction suggèrent l’énergie incontrôlée et la violence de l’émotion qui emporte cette femme.

 

L’impression d’équilibre

L’équilibre d’une composition s’obtient grâce à la répartition égale de formes et de valeurs semblables de part et d’autre d’un des axes de symétrie de l’image. Dès que cette répartition change, l’impression d’équilibre est perdue. Cette répartition a une influence considérable sur la signification de l’image.

Art gothique, Psautier de Blanche de Castille, 1235

 

Au Moyen âge, le Monde n’est vu qu’à travers l’ordre divin. Dieu est la source unique d’un équilibre dont il est l’axe central. Dans cette image gothique, tout est organisé de façon géométrique et les personnages ondulent à peine à l’intérieur de ce réseau de lignes et de formes symétriques régit par la Croix de Christ.

 

Andrea Mantegna, Le Parnasse, 1497

 

À la Renaissance, malgré l’introduction de la profondeur, la recherche de modèles antiques et une expression du mouvement plus débridée, l’équilibre de la symétrie est encore bien présent. Mantegna construit la scène autour d’un axe central. Une montagne en forme d’arche, le Parnasse, porte Mars et Vénus. À leurs pieds, les neuf muses dansent pendant qu’Apollon joue de la lyre. En haut à gauche, Vulcain s’anime devant sa caverne tandis qu’au premier plan à droite, Mercure et son cheval Pégase s’avancent lentement. Même si les personnages ne sont pas enfermés dans une stricte géométrie, même si tout s’animent, le monde de la Renaissance est bien équilibré !

 

Paul Klee, Équilibre chancelant, 1922

 

Entre 1920 et 1931, Paul Klee était professeur d’art à l’école du Bauhaus de Weimar en Allemagne. Cette aquarelle de 1922 est très pédagogique. Elle se construit comme un schéma utilisé en cours de physique et fait apparaître sous forme de flèches les différentes forces qui s’opposent pour maintenir en équilibre cette construction de rectangles. La réalité physique devient œuvre d’art. La répartition des lignes et des différentes tailles de rectangle autour d’un axe vertical au centre garanti cet équilibre mais il est chancelant car il suffirait de déplacer une forme pour que tout s’effondre, l’œuvre avec.

 

Jacques Louis David, Bonaparte franchissant les Alpes au col du grand Saint Bernard, 1801

 

Sous la forme d’une image figurative très suggestive, nous trouvons ici le même schéma de construction dynamique composé par une alternance d’obliques contradictoires. David est un des metteurs en scène de la légende napoléonienne. Il présente ici le futur empereur comme un héro qui élance son cheval pour franchir le col. L’animal se cabre, l’homme est penché en arrière et risque de tomber si dans la seconde, l’élan n’est pas porté vers l’avant. Dans cette image immobile, tout est construit pour accentuer l’impression de dynamisme.

 

Article écrit par Philippe Monnet