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Histoire des arts – 6ème : La mosaïque romaine

Article écrit par Mme Lopez et M. Monnet

L’invention de la technique remonte à la haute Antiquité grecque (VIème siècle avant J.C.) et consiste à juxtaposer des petits galets de différentes couleurs pour former une image qui acquière ainsi la solidité et la résistance de la pierre.
Les galets sont rapidement remplacés par des petits cubes de pierre de différentes couleurs que l’on appelle tesselles. Ces tesselles sont disposées sur un mortier frais qui se solidifie et les fixe en séchant.

 

Sur ce détail, il est très facile d’observer la forme cubique des tesselles. Cette forme peut varier légèrement selon les parties à représenter comme ici pour le bec et la queue du canard.

 

Ce sont les Romains qui vont développer cette technique et la répandre dans tout l’empire, de l’Orient à l’Occident.

Ils l’utilisent principalement pour décorer les sols mais aussi les murs des maisons et des palais. C’est grâce à la résistance du matériau employé, la pierre, que nous pouvons admirer, encore aujourd’hui, ces œuvres de l’Antiquité. Ce sont les mosaïques au sol qui ont le mieux résisté car lorsque les murs des palais étaient abattus, le sol se trouvait recouvert par les décombres et le tout était aplani pour permettre la reconstruction éventuelle d’un autre bâtiment.

Il existe différents types de mosaïques qui varient selon la nature et le lieu à orner et selon la qualité de l’image que l’on veut obtenir. Certaines mosaïques servent d’enseignes à l’entrée des boutiques comme l’on peut encore en voir à Ostie près de Rome. D’autres décorent des salles de palais et peuvent reproduire avec la plus grande précision des peintures des artistes grecs les plus réputés de l’époque. Le premier type, l’opus tesselatum, est constitué de tesselles d’environ 8 à 10 millimètres de côté. Par sa rapidité d’exécution, il permet de recouvrir de grandes surfaces. Il est donc très utilisé pour les lieux publics et les espaces privés sans luxe particulier. Le second type, l’opus vermiculatum, est constitué des cubes de quelques millimètres de côté. Il autorise une extrême finesse d’exécution et permet de multiplier les nuances de couleurs de pierre afin de mieux imiter la peinture. Pour les mosaïstes qui utilisent l’opus vermiculatum, il s’agit d’obtenir la ressemblance la plus grande avec les formes que l’on veut représenter. Le coût d’exécution de ces deux types de mosaïques n’est pas le même. L’opus vermiculatum est réservé aux œuvres de grande qualité, pour les salles d’apparat dans les maisons des riches ou les palais impériaux car il nécessite beaucoup de précision, de travail et de savoir faire.

 

Sur cette image, on voit bien la différence entre les deux « opus » ; le visage au centre est composé en opus vermiculatum avec de minuscules tesselles qui suivent les contours des formes tandis que l’encadrement est composé de tesselles plus grosses en opus tesselatum.
Ici, le rendu du visage c’est-à-dire l’apparence est très proche de celui de la peinture.

 

Les mosaïques sont réalisées par des ateliers souvent itinérants qui utilisent des modèles reproduits selon le goût et les moyens financiers des commanditaires.
Les mosaïques représentent des motifs géométriques très variés : des motifs végétaux, des natures mortes, des scènes de la vie quotidienne comme les travaux des champs selon les saisons ou des scènes de chasse, des combats de gladiateurs ou encore des scènes mythologiques avec des compositions très complexes utilisant un rendu très proche de celui de la peinture.
Deux tendances esthétiques se distinguent. Une première privilégie les figures noires sur fond blanc et les effets graphiques créés par ce contraste. Les formes sont alors simplifiées et plus décoratives. L’autre utilise la polychromie dans des compositions souvent très complexes.

Évolution de la mosaïque : la mosaïque byzantine

L’art de la mosaïque va évoluer tout au long de l’histoire de l’Empire romain et sera transmis à l’Empire byzantin.
En 313, l’édit de Milan autorise le culte chrétien (avant que l’empereur Théodose en fasse la religion officielle en 392) et permet le développement d’un art chrétien monumental, jusque-là prohibé.

Grâce à l’emploi de tesselles taillées dans de la pâte de verre aux couleurs éclatantes et dans laquelle il est possible d’incorporer des feuilles d’or, la mosaïque sera essentiellement utilisée pour la réalisation d’oeuvres monumentales à la gloire de l’empereur et de la nouvelle religion. Elle sera cette fois employée principalement sur les murs ou les voûtes des églises.
La ville de Constantinople compte plusieurs exemples de réalisation. La basilique Sainte-Sophie , église phare du nouvel empire byzantin en est très richement ornée. Mais c’est en Italie, dans la basilique de Ravenne, que se trouvent les plus célèbres mosaïques de tout l’empire byzantin.

Quelques oeuvres

 

Mosaïque de sol des thermes de Caracalla à Rome

 

Cette mosaïque orne les thermes de Caracalla à Rome. Ces thermes étaient un bâtiment de très grande taille pouvant accueillir mille six cent personnes en même temps. En plus des bains publics ou privés, on y pratiquait différents sports. Il y avait aussi des salles de massage et deux bibliothèques. Les bâtiments étaient très richement décorés à l’intérieur. Les murs étaient recouverts de marbres et les plafonds étaient peints. Les salles étaient ornées de statues. La surface gigantesque des sols ne permettait pas de réaliser des décors aux formes compliquées ; le coût en aurait été prohibitif. La mosaïque est donc réalisée en opus tesselatum. Nous apercevons très bien les tesselles noires et blanches de ce décor géométrique.

 

Mosaïque du sol des thermes de Neptune, Ostia antica

 

Dans d’autres ensembles thermaux, ici à Ostie, port de Rome, l’artiste décorateur a choisi de représenter une sorte de triton, divinité des eaux en accord avec la destination du lieu. Les formes sont plus complexes mais restent en noir et blanc et le mosaïste utilise l’opus tesselatum.

 

Mosaïque de sol, « Cave canem », Pompéi, Musée archéologique, Naples

 

Dans le vestibulum (le vestibule) des domus romaines de riches citoyens, le motif du chien est souvent représenté. Il est parfois accompagné d’écrit comme : « cave canem » signifiant : « Attention au chien ! ». Cet avertissement s’adresse aux voleurs qui tenteraient de pénétrer dans la demeure pour de mauvaises intentions. Les chiens sont employés par les Romains pour protéger leurs biens, leurs troupeaux ainsi que pour la chasse. C’est pourquoi, ils les nomment souvent : « Alce » (Force), « Ferox » (Intrépide), « Cerva » (Biche), « Tigris » (Tigre)…

 

Mosaïque du calendrier agricole, Saint Romain en Gal, exposée au musée des Antiquités nationales à St Germain en Laye.

 

De cette composition géométrique se dégage une impression d’ordre. C’est l’ordre des saisons qui rythme l’ordre du travail. Chaque image s’inscrit dans un carré séparé des autres par un motif végétal. Le spectateur est obligé de se tenir debout sur le sol et de se tourner dans différents sens pour pouvoir bien comprendre cette œuvre. Les images décrivent les activités liées à la vigne, au blé et au commerce de l’huile d’olive. L’artiste a recherché la lisibilité avant tout, c’est pourquoi il les a composées de façon symétrique, n’a pas représenté la profondeur (il n’y a pas d’arrière-plan) ni respecté les proportions. Il a surtout cherché à faire apparaître les détails des gestes de chaque activité. À l’origine, cette mosaïque comportait quarante carrés. Les images représentant les quatre saisons font apparaître des personnages montés sur des animaux. Elles se trouvaient alors au centre de la composition mais aujourd’hui une grande partie de l’œuvre a disparu.

Cette vaste mosaïque s’organise en une multitude de carrés parfaitement alignés. Plusieurs thèmes sont représentés dans les cases comme les saisons, les travaux agricoles ou les fêtes religieuses gallo-romaines.

Sur votre droite, cherchez les allégories des quatre saisons. Le bœuf est associé au printemps, le cochon à l’été, le lion à l’automne et le tigre à l’hiver. En dessous de l’automne, un couple de gallo-romains effectue un sacrifice au dieu gaulois Taranis (divinité du tonnerre). L’homme et la femme déposent des colliers jaune et rouge ainsi qu’un pichet de vin au pied de l’autel du Dieu. Ce dernier est présent sous la forme d’une statue installée au sommet d’une colonne.

Dans les scènes de travaux agricoles, les Gallo-romains effectuent le labourage des champs, la taille des pieds de vigne, les vendanges, la fabrication des tonneaux (invention gauloise) le ramassage puis le pressage des olives… Elles prouvent aussi la romanisation des provinces gauloises c’est-à-dire le mélange de la culture romaine avec une culture locale, ici gauloise. En effet, la cohabitation entre les peuples gaulois et les Romains a abouti à un brassage culturel enrichissant chaque civilisation. Les Romains ont transmis aux Gaulois l’art de la vigne et du vin, les fromages à pâtes …. Les Gaulois ont apporté la technique des tonneaux, remplaçant les amphores romaines inadaptées pour la longue conservation des vins. Ils leur ont fait découvrir la charcuterie, la bière (la cervoise)…

 

Sur ce carré agrandi de la mosaïque du calendrier agricole les figures se détachent nettement sur le fond blanc de l’image. IL n’y a que quelques ombres et quelques reflets. Nous voyons deux ouvriers agricoles occupé à traiter les olives.

 

Sur cet autre carré, nous pouvons observer le foulage du raisin. L’artiste a laissé un fond blanc et n’a pas respecté les proportions. En revanche, il a représenté le jus des raisins qui coule dans les récipients.

 

Mosaïque des jeux du cirque, Musée gallo-romain de Fourvière, Lyon

 

Cette mosaïque permet aux historiens de découvrir un des loisirs des Romains : la course de chars au cirque.
Les mosaïstes ont représenté avec précision les principaux éléments architecturaux d’un cirque romain et le déroulement d’une course de chars.

Tout d’abord, la forme rectangulaire de la mosaïque reprend celle du cirque. En effet, un cirque possède la forme d’un rectangle allongé avec un côté arrondi à l’une de ses extrémités.
Puis, vous pouvez distinguer au centre de la piste une plate-forme nommée la spina. Elle se termine (à droite et à gauche) par deux metae c’est-à-dire deux bornes constituées de trois cônes de bronze dorés reposant sur une base semi-circulaire haute.

Observez, à l’intérieur de la spina, un obélisque. Il est à l’image de l’obélisque dressé au Circus Maximum de Rome. Ce dernier avait été rapporté par l’empereur Auguste lors de la conquête victorieuse de l’Egypte. Même dans ce lieu de loisir, le pouvoir impérial est légitimé et glorifié en vue d’être accepté par tous les spectateurs.
De chaque côté de l’obélisque, des lances se terminant par sept gros œufs en bois et des dauphins en bronze sont maintenues sur des rampes. A chaque fois, qu’un tour de piste est couru, un œuf est abaissé. Les spectateurs savent de cette manière le nombre de tour qu’il reste à parcourir.

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La présence des œufs et des dauphins a longtemps intrigué les historiens. Quel rapport existe-il avec les courses de chevaux ? En voici les raisons :
Les œufs symbolisent Castor et Pollux, les jumeaux nés de l’œuf de Léda. Fille d’un roi grec, Léda fut séduite par Jupiter transformé en cygne.

Les Romains considèrent le dauphin comme l’animal le plus rapide, une sorte de cheval de mer. Ils l’associent à la vitesse et à Neptune, dieu de l’ordre équestre, des chevaux et des cavaliers.

La spina est entourée d’une piste longue de 1200 mètres en moyenne. Deux lignes blanches sont dessinées sur la mosaïque. La première, à gauche, désigne la ligne de départ. La seconde, au centre, est la ligne d’arrivée.

Avant le départ de la course, les auriges (les cochers) placent les chars dans des boxes. Ils doivent maintenir au calme les chevaux. Les auriges sont des esclaves ou des affranchis travaillant pour de riches citoyens (essentiellement les patriciens). Les enjeux sont importants. Il en va de l’honneur, de la réputation et de l’enrichissement de leurs employeurs et des cochers eux-mêmes. En effet, les meilleurs auriges deviennent des vedettes pouvant en une seule victoire gagner 60 000 sesterces !

Pour reconnaître les quadriges, les chars tirés par quatre chevaux, les auriges portent des tuniques de couleurs différentes : rouge, blanc, vert, bleu.
Le départ est imminent ! Les Romains ouvrent les paris. Les concurrents et les spectateurs lancent des sorts aux équipes pour espérer la victoire, le soutien de Neptune….

Le drapeau blanc appelé « mappa » est lâché par le directeur de course. Les portes des boxes s’ouvrent. Chaque quadrige s’élancent dans son couloir de course jusqu’à la ligne de départ.
Une fois cette ligne blanche franchie, les auriges tentent de se rapprocher de la spina pour emprunter le meilleur chemin de course c’est-à-dire être à la corde. La lutte entre les auriges débute et les dangers sont nombreux.

L’habilité et la concentration des auriges sont mises à rude épreuve. Les virages sont périlleux autour des metae. Le quadrige trop proche de la spina risque de heurter une meta et d’abîmer son char. Quant au quadrige trop rapide, la vitesse le déporte vers les gradins au risque de se renverser sur la piste. C’est ce qui arrive aux cochers rouge et vert sur la mosaïque.

La course continue. Les auriges cherchent à gagner en puissance. Pour cela, ils attachent les rênes autour de leur taille. Ainsi, la cocher blanc de la mosaïque parvient à dépasser le cocher rouge. Certains auriges n’hésitent pas à engendrer des accidents pour stopper les chars concurrents. Le cocher doit rapidement s’extraire du char en coupant les rênes autour de sa taille. Sinon, il est tiré au sol par les chevaux et risque de graves blessures.

Après sept tours de course, la victoire est au bout de la ligne d’arrivée.
Les courses de chars sont un loisir très apprécié des Romains. Ils se retrouvent au cirque pour discuter, pour parier, pour se rencontrer… Les empereurs organisent des courses afin de satisfaire les goûts des citoyens et d’obtenir leur confiance, leur soutien. Ils imposent aussi leur pouvoir, leur légitimité, leurs décisions.

 

Mosaïque de la grande chasse,Villa del Casale, Piazza Armerina, Sicile

 

Cette mosaïque montre les chasses organisées par les empereurs, les patriciens ou les riches pérégrins au sein de l’empire romain. Elles servent à capturer des animaux rares et dangereux afin d’alimenter les spectacles dans les amphithéâtres. Les mosaïstes parviennent à représenter très précisément les caractéristiques des espèces animales.

Après leur capture, les animaux quittent leur région d’origine, ici l’Afrique… en empruntant les voies romaines et les routes maritimes. Les plus majestueux, les plus réputés sont acheminés et vendus à Rome. Ils servent pour le spectacle de chasse qui ont lieu dans les amphithéâtres et non dans les cirques.
Dans les amphithéâtres comme le Colisée de Rome ou les arènes de Nîmes, d’Arles en Gaule, le spectacle se déroule en trois parties : le matin les chasses, au milieu de la journée des divertissements et des exécutions de prisonniers comme les premiers chrétiens, l’après-midi les combats de gladiateurs.

Les chasses consistaient en de féroces combats entre animaux ou opposant animaux aux gladiateurs. Des ours, des lions, des taureaux, des rhinocéros, des girafes, des autruches, des éléphants…. s’affrontaient les uns contre les autres. Ils devenaient de terribles adversaires pour les gladiateurs. Ces derniers étaient munis d’un épieu à la pointe de fer. Ils se protégeaient le corps par de bandes de cuir recouvrant les bras et les jambes.

Les plus beaux spectacles de chasse furent organisés par les empereurs comme Titus, Trajan, Néron, Commode… Ils avaient pour finalité de séduire les citoyens, d’apaiser les mécontents et d’entretenir la popularité de l’empereur.

 

Mosaïque du seigneur Julius, Carthage, Musée du Bardo, Tunisie

 

Cette grande mosaïque de sol illustre les travaux liés à un grand domaine agricole. Elle est intéressante du point de vue historique mais aussi pour comprendre la façon dont on raconte une histoire en images à l’époque romaine. L’ensemble se lit comme un texte, de haut en bas et de gauche à droite et les personnages ainsi que les décors se répartissent en trois bandes horizontales appelées registres. Le centre de la composition est occupé par le grand bâtiment tandis que la maîtresse des lieux (en bas à gauche dans le registre inférieur) et le seigneur Julius (en bas à droite dans le registre inférieur) contrôlent le travail des ouvriers et des esclaves.

 

Mosaïque d’un symposium figurant un « asarotos oikos » (au sol non balayé) Art romain, Est de la Méditerrannée, Levant, Collection privée

 

Le réalisme de cette mosaïque permet la compréhension d’un banquet romain et de son déroulement. Il a lieu dans le triclinium (salle à manger) d’une domus ou d’une villa d’un citoyen aisé.
Les convives prennent place sur des lits recouverts de matelas de plumes et de coussins. La disposition des lits, sur trois côtés, s’apparente à un U renversé. Elle favorise le service et la discussion puisque les invités ont accès facilement aux plats et se font face.
Chaque lit peut accueillir trois personnes au maximum. Sur le premier lit, à gauche, sont disposés le maître de maison entouré de deux hommes de la famille. Le lit suivant, en haut et au centre de la mosaïque, est le lit d’honneur pour recevoir d’importants citoyens. Enfin, à droite, les places d’honneurs situées sur ce lit sont réservées aux invités de marque. Ces derniers se tiennent face au maître de maison pour faciliter les discussions portant sur les familles ou les amis réciproques, sur le commerce, la vie politique, les alliances à consolider ou à établir…

Tous sont réunis au triclinium afin de participer à la « cena » c’est-à-dire au repas du soir. Il constitue le repas principal dans la journée d’un romain. Il se déroule en fin d’après-midi. Chez les riches citoyens, la cena se transforme en festin ou en banquet s’achevant tard dans la nuit où à l’aube.

Le banquet se compose de plusieurs services. Les serveurs, des esclaves, apportent les hors-d’œuvre, les entrées, les rôtis et pour finir les desserts. Au centre de la mosaïque, un esclave : le « scissor » est responsable de la découpe des viandes. C’est pourquoi, il tient dans sa main droite un couteau. Il détache soigneusement la chair du poulet et replace dans le plat en argent l’animal reconstitué. Cette belle présentation culinaire stimule l’appétit des convives. Ces derniers se servent directement dans le plat. Ils mangent principalement avec la main droite. Regardez bien, un romain a terminé de manger une aile de poulet. Un autre se désaltère en employant une petite carafe en verre. En bas, à droite de la mosaïque, un esclave se charge d’alimenter en boisson les invités. Il ouvre le robinet de la citerne à vin pour remplir une coupe. Le vin est mélangé avec de l’eau fraîche ou tiède. Il est aussi parfumé au miel.

Le vin produit dans les provinces romaines (Gaule…) accompagne une multitude de mets comme des volailles (poulet, canard…), des paons ou des flamants roses farcis, du lièvre aux épices, des tétines de truie farcies aux oursins, des fruits de mer… Les fruits et les fromages sont présents lors de ces dégustations. Celles-ci se terminent par des desserts comme des fruits au miel, des crèmes aux œufs au miel de lavande… De nombreuses recettes romaines nous sont parvenues grâce au livre de recettes d’Apicius (25 av. JC.- 37 ap. JC.), cuisiner de l’empereur Tibère (fils adoptif d’Auguste, régnant de 14 à 37 ap. JC.) et grand gastronome.

A l’arrière-plan, les domestiques assurent le service en satisfaisant les besoins des convives. En haut à gauche, un esclave aide un convive à nettoyer sa main à l’aide d’une coupe remplie d’eau fraîche parfumée et d’une serviette blanche.
La circulation des domestiques est rendue difficile par les nombreux débris du repas jetés au sol par les convives. Selon la tradition, lors d’un banquet, toute la nourriture tombée sur le sol du triclinium doit y rester. C’est pourquoi, les petits animaux de la domus en profitent pour se nourrir.

Le commanditaire de cette mosaïque a fait réaliser cette scène de banquet dans sa demeure dans le but de montrer sa position sociale élevée et sa sérieuse réputation. Il prouve par le raffinement et la profusion des mets son honorabilité.

 

Sol non balayé, Herkilte, 2ème siècle avant JC

 

Cette mosaïque représente le sol d’un triclinium lors d’un banquet. Des morceaux de nourriture et des détritus sont jetés à terre par les Romains. Selon la tradition et la superstition, ils alimentent les âmes des morts. C’est pourquoi, ils ne sont ramassés qu’après le banquet.

 

Mosaïque des bikinis, Villa del Casale, Piazza Armerina, Sicile

 

Les Romaines se mettent au sport ! Voici le surprenant message transmis par cette mosaïque.
En effet, le sport n’est pas uniquement réservé aux hommes. Les filles de citoyens romains (principalement du patriciat) pouvaient pratiquer le sport notamment l’athlétisme ou le combat. Ces athlètes s’entraînent dans un gymnase ouvert pour les femmes. Elles sont vêtues d’une culotte courte, pratique pour la fluidité des mouvements et d’un soutien-gorge composé d’une bande de tissu pour maintenir les seins très serrés.

L’athlète de gauche soulève des altères. Celle du milieu s’apprête à lancer le disque. Son regard est fixé sur l’aire d’arrivée du disque. Elle se démarque des autres par le port de plusieurs bijoux (des colliers aux chevilles, aux poignets, au cou, au bras).

La femme de droite effectue une course contre une adversaire dont nous distinguons que le pied. Sa course semble rapide car ses bras sont en mouvement. Ils servent de balancier à son buste et à son bassin. Cela lui donne de la puissance pour le mouvement de ses jambes. Ainsi, elle peut prendre plus de vitesse et courir sur ses pointes c’est-à-dire sur le haut du pied. Seuls ses orteils touchent le sol. Sa bouche est ouverte pour respirer un maximum d’oxygène. Ce dernier transporté par le sang favorise l’activité des muscles et améliore la performance sportive.

Toutefois, la pratique sportive reste rare chez les Romaines. Elle résulte d’une légère évolution des mœurs au cours de l’Empire (de 27 avant JC au Vème siècle après JC).
Les Romaines sortent davantage de chez elles. Elles participent plus à la vie mondaine, culturelle et politique. Cependant, elles rencontrent beaucoup d’opposition et d’attaques de la part des hommes et des femmes traditionalistes.

 

La bataille d’Alexandre le Grand et Darius III à Issos. Mosaïque de sol. Dimensions : hauteur : 3,13 m, longueur : 5,82 m. Deuxième moitié du II ème siècle avant Jésus Christ. Musée archéologique, Naples

 

Les mosaïques reproduisent souvent des « cartons » c’est-à-dire des modèles que les mosaïstes répliquent selon les désirs du commanditaire (le client qui commande l’exécution de la mosaïque). Parfois, un riche romain, demande à l’artiste de reproduire un tableau peint sur bois. C’est le cas pour cette mosaïque qui, selon les historiens, est très probablement la copie d’une peinture sur panneau de bois réalisée par un artiste grec très habile et très célèbre. L’œuvre aurait été exposée dans un palais en Macédoine et emportée par les romains après leur victoire sur les grecs.

Cette mosaïque fut trouvée en 1831 à Pompéi dans la maison du Faune. Cette demeure appartenait à un riche citoyen romain qui la fit décorer de scènes hellénistiques et égyptiennes. Cette décoration symbolise soit la richesse et la culture du propriétaire, soit ses qualités militaires.
D’après les historiens, cette immense mosaïque, haute de 3,13 mètres et longue de 5,82 mètres, représente la bataille d’Issos en -333 ou la bataille d’Arbèles en -331. Ils suggèrent qu’elle fut faite à partir d’une peinture exécutée vers 120-100 avant JC par Philoxène d’Erétrie. Afin, d’imiter le rendu de la peinture, les mosaïstes ont employé la technique de l’opus vermiculatum. Plus d’un million et demi de fines tesselles de marbre et de calcaire ont été utilisées pour réaliser cette mosaïque.

Cette mosaïque sert de propagande politique pour démontrer la force d’Alexandre le Grand et celle de son armée organisée en phalanges. A gauche, Alexandre le Grand, de profil, est entouré de ses soldats macédoniens. Il chevauche son célèbre destrier, Bucéphale. Il est vêtu d’une armure et tient dans sa main droite une sarisse. Celle-ci s’enfonce dans le ventre d’un soldat perse. Son regard est intense et déterminé. Il semble croire à sa future victoire contre le roi perse Darius III.

À droite de la mosaïque, le roi Darius III de la dynastie des Achéménides, fuit sur un char commandé par un cocher et tiré par des chevaux noirs. Il a donné l’ordre de la retraite à ses fantassins car il espère trouver refuge dans les montagnes iraniennes. Pour échapper à Alexandre le Grand, il écrase avec son char de combat ses propres soldats reconnaissables par les turbans portés sur la tête.

Cette déroute permet à Alexandre le Grand de poursuite ses conquêtes et de s’emparer des villes de Babylone, de Suse et de Persépolis. Entre -330 et -327, il continue de pourchasser le roi Darius III et ses troupes dans les montagnes de l’Iran oriental. La dynastie des Achéménides disparaît avec l’assassinat du roi perse Darius III en -327 par ses satrapes (les gouverneurs des provinces perses).

 

Détail de la bataille d’Issos

 

Nous pouvons observer ici la précision avec laquelle est réalisée cette mosaïque qui est constituée de plus d’un million et demi de tesselles de trois millimètres carrés chacune. Pour tous ces détails, l’artiste a utilisé l’opus vermiculatum.

 

Reconstitution l’œuvre peinte de la bataille d’Issos d’après la mosaïque

 

Cette image est une reconstitution supposée de la peinture qui a servi de modèle à la mosaïque. Elle nous permet de nous faire une idée de ce que pouvaient être les images de l’Antiquité avant qu’elles ne disparaissent ou soient endommagées par les destructions dues aux guerres et au passage du temps.

 

Basilique de Ravenne, Arc triomphal, Art byzantin, début du VIème siècle, Italie

 

L’image envahit tout l’espace du bâtiment. Elle a quitté progressivement le sol pour couvrir les murs. La moindre surface verticale est recouverte de tesselles. Les figures se détachent sur fond d’or. C’est ce qui caractérise le style byzantin. De plus, les tesselles ne sont pas posées de façon régulière pour permettre à la lumière de partir dans toutes les directions, comme Dieu éclaire les humains dans toutes les directions.

 

Portrait de l’Impératrice Théodora, Saint Vital de Ravenne

 

Certaines tesselles sont ici découpées de façon circulaire pour imiter l’énorme collier de perles qui encadre le visage de l’impératrice. Les tesselles de couleurs vives, ici par exemple l’oranger ou le vert, sont faites de pâte de verre et non plus de pierre comme c’était le cas le plus fréquent dans l’empire romain d’occident. La pâte de verre permet en effet d’avoir des couleurs très vives. Ces couleurs juxtaposées aux tesselles dans lesquelles il a été incrusté de l’or véritable évoquent le scintillement de la lumière divine. La pâte de verre est aussi un matériau plus léger qui est facile fixer aux parois verticales sans trop les alourdir. Ainsi, la période byzantine préfèrera les sols à motif décoratif en marbre et couvrira les murs des basiliques et des cathédrales de très nombreuses images en mosaïque.